Saigon, le noeud du problème 7

Le général Valluy ne se fait pas prier. Il opère dans un contexte nouveau. Le 1er avril, la responsabilité du maintien de l’ordre dans toute l’Indochine du Nord est en effet passée des autorités chinoises aux autorités françaises. Le 3 avril, un nouvel accord militaire franco-vietnamien est signé par le général Salan et le ministre vietnamien de la Défense, Vô Nguyen Giap. Selon cet accord, l’effectif des forces françaises dans le territoire du Vietnam au Nord du 16e parallèle ne devra pas dépasser 15000 hommes, dont 500 pour la garde des prisonniers japonais. L’implantation provisoire des troupes françaises est fixée : huit garnisons (Hanoi, Haiphong, Hon- gay, Nam Dinh, Hué, Tourane, Haiduong, Dien Bien Phu, + Régions frontières où six postes sont prévus : Moncay, Langson, Caobang, Hagiang, Laokay et Laichau. Les effectifs sont précisés, pour chaque garnison).
L’accord prévoit encore que, pour chaque mouvement de troupes françaises ou vietnamiennes de relève, la date, l’itiné¬raire et les modalités devront être notifiés au moins quarante- huit heures à l’avance au gouvernement vietnamien qui en avisera la population pour éviter, dans la mesure du possible, les incidents.
Les troupes françaises et vietnamiennes de relève, sous l’autorité du commandement supérieur français assisté de délégués vietnamiens, collaboreront avec l’armée vietna¬mienne au maintien de l’ordre et de la sécurité. Une commis¬sion mixte centrale de liaison et de contrôle est créée avec siège à Hanoi. Elle contrôlera l’application de la convention.
Enfin une commission d’armistice vietnamienne pourra venir dans le Sud-Annam. Mais la question d’armistice en Cochin- chine (Nam Bô) demeure réservée.
En tant que commandant des troupes françaises en Indochine du Nord, et en application d’une directive n° 1 très générale sur la sécurité, signée le 5 avril par Leclerc, Valluy signe et émet, le 10 avril, une « Directive n° 2 » qui considère que :
La situation actuelle est […] éminemment instable. Nous pouvons être attaqués d’un moment à l’autre à la suite d’un incident en apparence léger et fortuit.
[…] Il est indispensable en pareil cas de ne pas être pris au dépourvu. L’objet des présentes directives est d’examiner dans leur ensemble les moyens propres à obtenir ce résultat. […]
[…] Dans chaque garnison, dès son arrivée, le Commandant d’armes établit un plan de sécurité initial : celui-ci doit comporter, d’une part, un plan de protection permanent des cantonnements et surtout un plan d’action pour manœuvrer sur la ville. […] Lorsque ce plan est établi et mis à jour dans ses grandes lignes, il est à compléter au plus tôt par l’étude d’une série de mesures qui doivent avoir pour effet de modifier progressivement et transformer le scénario, qui est celui d’une opération purement militaire, en un scénario de coup d’État. […1
Il est indispensable de réunir au plus tôt toute documenta¬tion possible sur les organisations chinoises et annamites de la ville, ainsi que sur les chefs locaux (identité, habitudes, lieux où ils passent la nuit, etc.).
En même temps, des équipes spécialisées sont créées qui pourront éventuellement travailler sous déguisement (comme en Cochinchine). Ces équipes sont chargées de neutraliser discrètement les chefs et meneurs dès que le Commandement estime justifiée la mise en place d’un système de sécurité. Elles doivent être spécialement composées et armées et constam¬ment tenues au courant des activités et du mode de vie des individus à « mettre à l’écart ».
En ce qui concerne les organismes de combat réguliers et non réguliers, une méthode d’action analogue doit être utilisée. […] Quand les renseignements ont circonscrit ces organismes et fait connaître les habitudes de leus membres, des commandos spécialement constitués préparent leur neu¬tralisation par surprise.
C’est le 12 avril que Sainteny quitte Hanoi pour Saigon, laissant l’intérim du commissariat de la République à Valluy, et c’est le 16 avril que s’envole vers Paris (où elle arrive le 25) la délégation parlementaire vietnamienne. Le 17, les délégations de négociateurs arrivent à Dalat.
Manœuvres chinoises
Les Chinois sont fort inquiets du rapprochement franco- vietnamien que le compromis a fait entrer dans une phase efficace. Ils vont tenter de brouiller les cartes par des incidents provoqués et par un soutien au terrorisme. Un conflit forcerait, en effet, les Vietnamiens à se tourner vers les Chinois, et le VNQDD et le Dong Minh Hoi, qui accusent continuellement le Viet Minh de collaborer avec les Français et de trahir la patrie, seraient sans doute les bénéficiaires de l’opération.
Le jour de Pâques, 21 avril, un très grave incident oppose soldats français et chinois, mais à la provocation chinoise répond une intervention immédiate et musclée des forces françaises. Malmenés, les Chinois ont perdu la face, et la population vietnamienne a pu percevoir où était maintenant la force. À la vigoureuse protestation locale française succède, avec la visite à Hanoi, le 25 avril, du général Juin, le grand chef de l’Etat-major français, une pression nouvelle. Juin revient de Chine, dont le gouvernement s’est montré favorable à une évacuation rapide du Tonkin. Pressé par Juin, le commandant en chef chinois, Lou Han, accepte finalement d’évacuer pro¬chainement Hanoi et de hâter le retour en Chine de ses troupes. En même temps, d’Argenlieu demande à Leclerc défaire exiger par Valluy que désormais les forces françaises participent au Tonkin au maintien de l’ordre public, car la police vietna¬mienne vient de se montrer lourdement déficiente. Ce sera le début d’une collaboration.

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