Saigon, le noeud du problème 3

Les surprises de Paris
Le haut-commissaire n’avait toutefois pas encore prévu, lorsqu’il expédiait ce message, les réactions et les surprises de Paris.
Elles sont remarquablement exprimées dans une note, datée du 13 mars, rédigée au Quai d’Orsay « pour le ministre » (Georges Bidault) par le directeur d’Asie-Océanie Philippe Baudet :
L’accord préliminaire du 6 mars signé in extremis par M. Sainteny, Commissaire de la République à Hanoi, agissant en qualité de délégué de l’amiral d’Argenlieu, et Hô Chi Min [sic] comportait des dispositions très générales en trois points qui, lorsque le Gouvernement français en eut connaissance, recueillirent son approbation. […]
Les services du Gouvernement prenaient déjà des disposi¬tions pour donner suite au troisième point (ouverture de négociations avec le Vietnam) lorsque le 12 mars seulement parvint la nouvelle, communiquée par un télégramme de l’amiral d’Argenlieu, qu’un accord militaire annexe à cette convention préliminaire avait également été conclu par M. Sainteny. C’est avec un étonnement et une émotion considérables que le Gouvernement français, déjà surpris par le retard apporté à sa transmission, a pris connaissance des termes de cet accord, qui stipule le retrait des troupes françaises des pays annamites par cinquièmes successifs dans un délai de cinq années.
Cette éviction de nos troupes met un terme qui n’avait encore jamais été envisagé à toute présence effective de la France au Tonkin, en Annam et peut-être même en Cochin- chine. Du même coup, tout système bâti sur le principe d’un Vietnam considéré comme partie intégrante de la Fédération indochinoise risque de s’effondrer. Notre position au Cam¬bodge et au Laos s’en trouve considérablement amoindrie et, sous la pression d’un nationalisme local encouragé par les Annamites d’une part et les Siamois de l’autre, nous risquons également de perdre rapidement toute influence politique dans ces deux pays. A première vue, c’est une nouvelle affaire syro-libanaise.
Le ministre des Colonies, après avoir envoyé le 9 mars un télégramme d’approbation et même de félicitations à l’amiral d’Argenlieu, lui a adressé le 13 mars, après accord de M. Félix Gouin, un nouveau télégramme par lequel il lui marque que le Gouvernement est mis en présence d’un fait accompli concer¬nant des points sur lesquels il n’a jamais été consulté. Il lui demande en outre de « faire des réserves pour la relève des troupes dans le cas où la sécurité de la Fédération et celle des personnes et des biens des Français ne paraîtrait pas assurée par le retrait trop précipité de nos effectifs militaires. »
En fait, devant cette disposition militaire inattendue, le Gouvernement est en droit de se demander s’il a placé à bon escient sa confiance dans ses représentants en Indochine, et il doit considérer jusqu’à la possibilité de les désavouer. En effet, non seulement notre situation en Indochine s’en trouve gravement compromise, mais encore les récents accords avec la Chine et les lourds sacrifices qu’ils représentent pour la France apparaissent vains.
Il appartient au Gouvernement, avant de se prononcer sur cette grave question, d’examiner les moyens qui restent à notre disposition pour maintenir notre influence et défendre nos intérêts en Indochine, à supposer que nous nous considé¬rions comme liés par la signature de M. Sainteny.
Moutet a en effet télégraphié à d’Argenlieu, le 13 mars :
[…] Votre télégramme donnant les accords annexes du 6 mars nous parvient seulement le 12 mars. Le Gouvernement est maintenant mis en présence d’un fait accompli concernant des points sur lesquels il n’a jamais été consulté. Je vous prie à l’avenir de ne conclure aucun accord de quelque nature que ce soit sans que le texte ait été au préalable soumis à l’accord du Gouvernement. Faites des réserves pour la relève des troupes. […]
On me signale qu’il serait possible d’organiser, avec des personnes connaissant bien la Cochinchine, toute une propa¬gande pour empêcher sa réunion avec le Tonkin, sous le slogan : « La Cochinchine aux Cochinchinois. » Nous pour¬rions remporter à cet égard un grand succès politique.
Le Cominindo, dans sa séance du 13 mars, examine la situation.
[Il] exprime sa surprise que l’accord annexe ait pu être passé. Mais, ne pouvant désavouer ses plénipotentiaires, il a décidé de l’admettre comme base de départ en vue d’un règlement plus favorable.
En conséquence, le Comité demandera au Haut-Commis¬saire de s’efforcer de redresser dans l’immédiat la situation qu’entraîne l’accord annexe du 6 mars 1946, et notamment de ne pas limiter à ses 15 000 hommes les effectifs pour le Nord du 16e parallèle. Le Comité précisera les mesures à prendre pour que l’autorité militaire ne soit pas éliminée des pays annamites au Nord du 16e parallèle au bout des cinq ans. Ces mesures envisagent notamment la création et le maintien permanent des bases aériennes et navales prévues dans la convention préliminaire Hô Chi Minh-Sainteny et leur protection par des bases terrestres permanentes. […]
Les instructions de Moutet deviennent très précises :
[…] Pour permettre que repose sur une base territoriale l’autorité indispensable de la France, il est nécessaire […] de se réserver :
a) Au Nord du 16e parallèle la base de Hongay avec la possibilité d’aérodrome, ainsi qu’une zone en pays thai.
b) Au Sud du 16e parallèle, les bases de Cam Ranh et Saigon-Cap St-Jacques, avec aérodrome.
c) Dans l’ensemble, le pays moi avec aérodrome.
Et, dans un nouveau télégramme, Moutet précise à l’amiral, le 18 mars :
Au Comité interministériel, c’est le ministre des Affaires étrangères qui a vivement protesté contre l’accord militaire. En ce qui me concerne, je prends toute la responsabilité de vos accords et je défendrai devant l’Assemblée tout ce que vous avez fait, dont je suis entièrement solidaire.
Nous apprenons avec plaisir l’entrée des troupes à Hanoi.
Signé : MOUTET.

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