Le Vietnam reprend ses droits à l’indépendance 9

Le 26, le Comité de libération nationale (Viet Minh) formé à Tan Trao apparaît ouvertement, et Patti, après avoir rencontré Giap, est reçu par Hô Chi Minh, qui vient d’arriver à Hanoi, où sa présence est encore tenue quasi secrète. Il lui dit que Sainteny veut rapidement, parler au Viet Minh. Mais Hô exprime sa déception que les Français n’aient pas répondu à ses récentes ouvertures. Le 27, Vô Nguyen Giap, que Hô a désigné comme ministre de l’Intérieur, entre au gouvernement général pour y discuter, en présence de Patti, avec Sainteny. Il ne témoigne d’aucune hostilité, exposant simplement que le Viet Minh est maintenant maître du Vietnam, qu’il vient de former un gouvernement provisoire et qu’il espère que la France en tiendra compte. Selon Sainteny, Giap souhaite un contact étroit entre nous et précise que ses collègues et lui-même seraient heureux de recevoir « conseils et directives » (sic) ! Les aspirations du gouvernement auquel il appartient ne sont pas excessives, et il est convaincu que la France non seulement les comprendra, mais encore les fera siennes.
Sainteny reproche au Viet Minh d’avoir fait connaître au monde que le Vietnam ne désirait plus de présence française en Indochine et d’avoir déclenché une dangereuse hostilité aux Français dans tout le pays. Il annonce que la France nouvelle a adopté une politique libérale à l’égard de l’Indochine, dont on verra, dit-il, bientôt l’application dès que Japonais et Chinois auront quitté le pays. Giap demande des détails et, devant son scepticisme, Sainteny se montre ferme, rappelant que l’Indo¬chine demeure sous la souveraineté française et que la France attend de voir les nouvelles autorités à l’œuvre pour décider si elles sont dignes de se voir confirmer. C’est notamment à la façon dont elles maintiendront l’ordre et la sécurité qu’on les jugera. Sainteny prévient enfin Giap que les Chinois vont arriver pour désarmer les Japonais et que ceci est grave, car il faudra certainement du temps pour les faire partir.

Voir plus: voyage vietnam 1 semaine | Croisiere baie halong | voyage ninh binh 1 jour | croisière vietnam cambodge sur le mekong 12 jours
Selon Sainteny, l’entretien se termine aussi courtoisement qu’il a commencé. Giap se déclare enchanté et souhaite que ces conversations se renouvellent le plus fréquemment possi¬ble.
Hô Chi Minh et Giap vont exprimer à Patti leur inquiétude devant le vague des intentions françaises déclarées et le parachu¬tage d’agents français en divers points du territoire. Mais, bien davantage, ils trahissent leur appréhension devant l’imminence de l’arrivée des forces chinoises, surtout yunnanaises, et d’une entrée au Vietnam, avec elles, des nationalistes de droite et pro¬chinois du Dong Minh Hoi et du VNQDD.
La prise du contrôle du pays est maintenant pratiquement totale. A Saigon, le Viet Minh a réalisé un front avec les nationalistes et installé un Comité exécutif provisoire du Sud. Le 30 août on apprend enfin que l’abdication de l’empereur est maintenant officielle.
Depuis le 27 août, le Comité national de libération s’est transformé à Hanoi en « Gouvernement provisoire ». Le 29, sa composition est rendue publique, tandis que Hô Chi Minh sort de l’ombre. Il assume la présidence du gouvernement et le portefeuille des Affaires étrangères, Vô Nguyen Giap prend l’Intérieur, Tran Huy Lieu la Propagande, Chu Van Tan la Défense nationale, Pham Van Dong les Finances, Nguyen Manh Ha l’Économie, etc. Peu après, Bao Dai, devenu le citoyen Vinh Thuy, était nommé « Conseiller suprême du gouvernement ».
Sainteny, toujours « confiné » et sans instructions, assaille Calcutta de télégrammes désespérés. Le 28, il avait affirmé : Nous sommes devant une manœuvre conjuguée alliée en vue d’évincer les Français d’Indochine […] Il faut qu’enfin l’on comprenne que l’Indochine du Nord à cette heure n’est plus française.
Le 31, il souligne :
Je suis dans l’impossibilité de maintenir ma position actuelle si, profitant de la présence de Leclerc à Tokyo, vous n’obtenez pas confirmation officielle et urgente que je suis l’éiément précurseur de la Délégation française. La notification doit en être faite par Tokyo au commandement japonais au Tonkin. Faute de quoi, je me verrai obligé d’abandonner le palais du Gouvernement général dont l’occupation par des Français, bien que pratiquement prisonniers, impressionne beaucoup les Annamites, gêne le Viet Minh et donne courage et espoir aux Français. Tous y voient l’affirmation de la souveraineté française. […]

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

Powered by WordPress