Le Vietnam reprend ses droits à l’indépendance 7

Le 25 août, à Saigon, les Viet Minh scellent un pacte avec les partis nationalistes. L’unité du Vietnam est totalement confirmée, et lorsque, quelques jours après, des commandos français vont s’aventurer dans les campagnes ou sur les côtes du Vietnam, ils pourront constater que le Viet Minh a partout pris le pouvoir, qu’il exerce à travers des « comités popu¬laires ».

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Ce que les archives viennent de révéler, en 1987, et qu’on ignorait totalement jusqu’ici, est la connaissance que le gouver¬nement français a eu de ces événements. Il venait, par deux importants télégrammes, de redéfinir la position officielle française face aux revendications indochinoises32 dans un sens plus ferme et plus raide. La priorité était à l’envoi rapide de troupes et au rétablissement de la souveraineté française. Mais on sait maintenant que, le 20 août, de Kunming, le général Alessandri, délégué du gouvernement, a informé Paris des trois documents diffusés la veille par la Radio vietnamienne, et notamment du message de Bao Dai au général de Gaulle, en précisant :
Nous sommes arrivés au moment décisif où la Délégation générale ne peut prendre sur elle de répondre, d’autant que nous avons les mains liées par vos télégrammes 1303/1304 annulant les instructions de vos télégrammes 1247 à 1255. Diverses observations concordantes résultant des contacts avec les partis nationalistes, et notamment avec le Viet Minh, dont il vous a déjà été rendu compte, prouvent qu’une collaboration est encore possible, à condition de savoir prononcer, aux termes de votre télégramme 1247, le mot « indépendance » à l’instant opportun. Aucun autre mot ne peut le remplacer. Il est, d’autre part, certain que les Annamites préfèrent la lettre à l’esprit et qu’ils nous deman¬dent surtout de leur sauver la face, et que nous pouvons sans doute entourer une promesse à terme d’indépendance de garanties qui aboutissent à établir dans un délai plus ou moins long un statut de dominion comportant des liens assez étroits avec la France.
Il est très regrettable que le Gouvernement se voie placé dans l’obligation de se prononcer avant que nous ayons pu établir, du fait de la mauvaise volonté alliée, de solides contacts avec l’intérieur. Si le Gouvernement croit devoir attendre, position qui n’est pas sans inconvénient, en s’abri¬tant derrière l’absence du général de Gaulle, il est suggéré que celui-ci fasse à Washington de la manière qui lui apparaîtra opportune, une déclaration d’un accent beaucoup plus libéral que celle du 24 mars 1945. […]
Dans un télégramme du même jour au ministère des Colo¬nies, Pignon, qui se trouvait auprès d’Alessandri à Kunming, ajoute
La question primordiale est actuellement d’atteindre Hué et de prendre contact avec la Cour. Je m’efforcerai de gagner l’Annam dès que j’aurai pu entrer en Indochine. Dès à présent, le premier Français qui aura le contact devra être très rassurant et s’efforcer de savoir exactement quelles paroles la Cour voudrait voir prononcer par le Chef du Gouvernement français. Ne pas oublier que, pour les Annamites, la lettre a plus d’importance que l’esprit.
Le 26 août, Pignon sera de retour à Calcutta. Le 28, part de J essore (Bengale), base de la Force 136, la mission Lambda (6 hommes). Objectif : Rejoindre Hué, entrer en contact avec l’empereur Bao Dai afin de lui éviter de prendre une décision quelconque avant arrivée autorités compétentes, prendre en main en attendant les intérêts français. Parachuté le 28 à 20 km d’Hué, le commando est aussitôt capturé, et quatre de ses membres vont périr. Un des survivants, Michel de Bourbon- Parme, détenu à Vinh, ne sera libéré qu’en juin 1946. La tentative sur Hué, lancée alors que Bao Dai avait déjà abdiqué, est donc un échec complet.
Ailleurs, c’est aussi l’échec. Le 22 août, Cédile, désigné comme commissaire de la République pour la Cochinchine, a été parachuté dans le delta du Mékong. Il a été capturé par les Japonais et amené par eux à Saigon. Au Nord, Messmer, nommé commissaire de la République pour le Tonkin, a été parachuté le 22 au pied du Tarn Dao (après avoir survolé Hanoi) avec deux compagnons. Il a été capturé par le Viet Minh. Calcutta sera sans nouvelles de lui, comme de « Lambda ».
Il serait vain de penser que ces faits aient été ignorés en haut lieu. Ici encore les archives révèlent que, de Paris, les télé¬grammes du 22 août d’AlessandrilPignon ont été transmis le 26 à Washington pour de Gaulle et Bidault, et que ceux-ci ont donc eu connaissance du message de Bao Dai au peuple français.
Dans son télégramme, Alessandril Pignon ajoute :
Sans doute nous pouvons montrer le double jeu de Bao Dai, mais ceci aboutira au maximum à (discréditer) l’empereur, et l’équipe de dirigeants ayant collaboré avec les Japonais devra disparaître.
La question de l’indépendance du Vietnam restera posée, et ce que nous observons en Chine ne nous autorise pas à supposer une réaction favorable à la cause française de la part des Américains avec lesquels nous sommes en contact à Kunming. Ceux-ci justifient leur attitude présente et les obstacles mis à l’entrée de nos missions en Indochine par la crainte d’y voir naître des troubles qui les contraindraient à intervenir. Ils déclarent vouloir se rendre compte par eux- mêmes de la situation. Cette explication est probablement sincère, mais il est permis de croire qu’elle ne couvre pas entièrement l’attitude américaine.
Nous avons pris, dans une certaine mesure, les devants par des négociations avec le Vietnam, mais celui-ci pourra aisé¬ment démentir les propositions qu’il a faites si le terrain international semble favorable à la cause de l’indépendance complète du Vietnam. Seule une déclaration du Gouverne¬ment pourrait fixer les positions.
Actuellement l’action du général de Gaulle à Washington et même, si possible, une déclaration sans ambages du président Truman pourraient retourner la situation en notre faveur.
De même, il est essentiel, pour pouvoir parler clairement tant aux nationalistes annamites qu’aux Chinois, que nous soyons exactement informés de l’arrivée du Corps expédition¬naire. Après le tort que nous a causé en Chine l’annonce non suivie d’effets du Corps expéditionnaire du général Leclerc, nous ne pouvons pas nous risquer à faire état de ce Corps expéditionnaire sans avoir de certitude quant à son arrivée.

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