La vietnamisation de la guerre

La IVe République n’avait peut-être pas choisi la guerre, mais elle n’avait certainement pas choisi la paix, ni pris le chemin qui pouvait la retrouver. Elle s’engageait, presque furtivement, sur la base d’informations incomplètes, voire truquées, dans une aventure qui promettait d’être longue, frustrante et coûteuse. Jusqu’en 1952, l’opinion ne sera jamais mise en possession des données fondamentales du problème, et ce n’est que trente ans plus tard que l’on commença à deviner que d’Argenlieu et son clan avaient simplement manqué leur coup, avaient réussi à dissimuler leur échec, et que la guerre d’Indochine était en fait une guerre d’agression… française.

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Le gouvernement Ramadier
Premier gouvernement de la IVe République, le cabinet Ramadier est, dès le 21 mars 1947, mis en garde par Hô Chi Minh:
Si le Gouvernement français faisait une déclaration offi¬cielle et franche reconnaissant l’unité et l’indépendance du Vietnam et garantissant l’application de cette politique, toutes les autres questions seraient faciles à régler. […] Encore une fois, nous déclarons solennellement que le peuple vietnamien ne désire que l’unité et l’indépendance dans l’Union française, et nous nous engageons à respecter les intérêts économiques et culturels français au Vietnam.
Il suffit que la France prononce un mot pour que cessent immédiatement les hostilités, pour que soient sauvés tant de vies et de biens, pour que reprennent les amitiés et la confiance. Si, malgré notre sincère désir de paix, les Français entendent continuer la guerre, ils perdront tout sans rien gagner, car la guerre n’aboutira qu’à créer la haine et la rancune entre nos deux peuples.
Nous prions le Gouvernement français de vouloir bien nous faire connaître nettement sa politique à l’égard du Vietnam. Nous prions le peuple français de vouloir bien faire connaître son opinion sur ce conflit sanglant et stupide.
Le 19 avril, le gouvernement vietnamien propose formelle¬ment à Paris la cessation des hostilités et la reprise des négociations :
Le Vietnam lutte pour son unité et pour son indépendance. La France, a déclaré le président Ramadier, ne s’oppose pas à cette unité et à cette indépendance. L’intérêt des deux peuples est de collaborer fraternellement au sein de l’Union française, association de peuples libres qui se comprennent, qui s’ai¬ment. La guerre, en se prolongeant, ne peut qu’accroître la haine, entraîner de nouveaux sacrifices en vies humaines, aggraver la situation des entreprises françaises et de l’écono¬mie du Vietnam, sans résoudre le problème des rapports franco-vietnamiens.
Le Gouvernement français, par la nomination du nouveau Haut-Commissaire de France en Indochine, semble avoir marqué le désir d’orienter sa politique à l’égard du Vietnam dans une voie neuve, digne de la France nouvelle. Je suis persuadé que la motion du Conseil national du Parti socia¬liste * en date du 21 mars 1947, en décidant de ne laisser passer aucune occasion d’engager des négociations avec le Vietnam, exprime non seulement les sentiments des socialistes français, mais ceux de tout le peuple de France.
Pour prouver le sincère attachement du Vietnam à la paix et son amitié pour le peuple de France, le Gouvernement vietnamien propose au Gouvernement français la cessation immédiate des hostilités et l’ouverture de négociations en vue d’un règlement pacifique du conflit.
Ramadier parvient à dissimuler cette proposition, non seule¬ment à l’opinion publique, mais même à ses ministres commu¬nistes […] qui sont, dès le 4 mai, « débarqués » du gouverne¬ment, pour une raison différente. Il donne son accord au nouveau haut-commissaire Bollaert et au général Valluy * pour poser à l’armistice proposé des conditions draconiennes. La mission exploratoire du professeur P. Mus est ainsi transformée en une remise d’ultimatum, qui s’attire une réponse, devenue historique, d’Hô Chi Minh (12 mai) :
Si nous acceptions cela, nous serions des lâches. Dans l’Union française, il n’y a pas de place pour les lâches.
Mais il s’agit, en fait, de tirer parti de ce refus attendu pour avancer dans l’autre direction, celle de la recherche de « créa¬tures », d’« amis de la France », et de former avec eux le « Gouvernement de substitution » auquel on rêve depuis août 1946.
Le gouvernement Ramadier ignore encore superbement, en août 1947, une autre proposition, sérieuse et conséquente, du gouvernement Hô Chi Minh, qui vient de s’élargir tout en éliminant certains « extrémistes » notoires. Le message, trans¬mis par M. Gilbert, ministre de France à Bangkok, est, cette fois, dissimulé au président de la République lui-même, à un moment critique du choix de la stratégie à adopter.
Enfin, à l’automne 1947, Valluy, qui vient d’exposer à Ramadier la nécessité de susciter quelque sorte de guerre civile entre les Vietnamiens, déclenche la grande offensive visant à neutraliser et même à capturer le gouvernement Hô Chi Minh pour pouvoir négocier en position de force avec Bao Dai et procéder à la constitution sous son égide d’un gouvernement vietnamien reconnu par nous et s’opposant aux dirigeants Viet Minh devenus rebelles.
Hô Chi Minh échappera à la capture, près de Bac Kan, mais il sera pour quelques mois réduit au silence. L’État-major a marqué des points, obtenu un succès tactique : la dislocation du dispositif de l’adversaire, que l’on croit maintenant hors jeu. Un rapport militaire au chef du gouvernement, daté du 20 décem¬bre, affirme :
Les opérations au Tonkin nous ont permis de couper les routes de la contrebande vers la Chine et de matérialiser sur le plan international notre présence aux frontières de la Chine par l’occupation de Caobang et de Laokay; de dissocier l’appareil militaire et politique Viet Minh, notamment par la capture d’un très important matériel ; d’obtenir sur le plan politique des résultats substantiels par l’amorce d’un courant de ralliement aussi bien chez les populations minoritaires des frontières que parmi les éléments proprement annamites. Au surplus, l’action gouvernementale Viet Minh ne s’exerce pratiquement plus par suite de la désorganisation du réseau radio de commandement et de l’instabilité des organes offi¬ciels ou clandestins, qui se sont éparpillés. […]
À l’issue des opérations en cours, l’armée Viet Minh ne représentera plus un moyen de pression sur le plan politique, car sur le plan militaire elle sera réduite à mener une vie errante de partisans et de pirates. […]
Le parti Viet Minh, d’essence communiste, […] paraît de plus en plus vouloir se réfugier dans la clandestinité en faisant mener la lutte par une poignée d’hommes rompus aux procédés révolutionnaires. Leur but est de nous gêner dans la pacification, en entretenant un état permanent de trouble et d’insécurité. […] [Ses] moyens d’action seront le terrorisme, les attentats, les sabotages et la guérilla menée par des bandes dont la principale qualité sera la dilution. […]
En résumé, les opérations militaires actuelles ont remporté des succès incontestables qui demandent à être exploités sur le plan politique. […]

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