La vietnamisation de la guerre 2

Piéger Bao Dai
Depuis le printemps 1947, l’ex-empereur Bao Dai, installé à Hong Kong, est l’objet de pressions et d’appels, encouragés ou provoqués par l’administration française, l’invitant à revenir sur la scène politique et à prendre la tête du mouvement nationaliste. Le 18 septembre, il s’est déclaré disposé à explorer les voies de la paix et à discuter avec la France. Début novembre, Bollaert lui propose une rencontre.
Le 19 novembre, Ramadier démissionne, et Robert Schu¬man, un MRP, lui succède, le 22, à la tête du gouvernement. Le MRP prend également la tête de la politique indochinoise, et pour longtemps. Paul Coste-Floret succède, en effet, à Marius Moutet au ministère de la France d’outre-mer. Il est foncière¬ment hostile à toute reprise de négociations avec Hô Chi Minh.
Bollaert peut enfin rencontrer Bao Dai en baie d’Along (6- 7 décembre). Bao Dai reste prudent, mais il demande que la France ne traite plus jamais avec Hô. Il accepte néanmoins de parapher une déclaration commune et un protocole énonçant les principes des futures relations franco-vietnamiennes.

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Le MRP s’engage alors immédiatement dans la guerre. Le 23 décembre 1947, le Conseil des ministres donne à Bollaert mandat de poursuivre en dehors du Gouvernement de Hô Chi Minh toutes actions et négociations nécessaires à l’établisse¬ment de la paix et de la liberté dans les pays vietnamiens. Les raisons données pour l’exclusion d’Hô Chi Minh sont qu’il a rejeté les conditions françaises du 10 septembre (ce qui est faux) et qu’il a adhéré au Kominform (ce qui l’est également).
Alors commence une longue et décevante négociation avec Bao Dai, en France d’abord, puis à Hong Kong. Bao Dai, en effet, conscient de s’être fait piéger en baie d’Along, ne veut rien céder tant que la France n’accordera pas au Vietnam l’unité et l’indépendance auxquelles s’oppose toujours Bidault, suivi par son parti. Pour le MRP, comme, du reste, pour toute la droite, l’Union française (c’est-à-dire la France) doit rester maîtresse de la diplomatie, de la défense, mais aussi de la planification économique et même de la culture de l’ensemble indochinois.
Finalement des compromis sont trouvés avec les nationalistes anticommunistes vietnamiens comme avec les autonomistes cochinchinois, car c’est avec — et par — les Sudistes que Bao Dai tient à réaliser l’unité du Vietnam. En mai 1948, la France accepte la solution proposée par Bao Dai, qui consiste à former un« Gouvernement central provisoire du Vietnam ». Celui-ci, que devait primitivement diriger Ngô Dinh Diem, sera finale¬ment présidé par le général Xuân, un Cochinchinois, car il accepte, lui, de signer le protocole secret qu’a paraphé Bao Dai en baie d’Along, en décembre 1947, et qu’il a depuis désavoué comme nettement insuffisant. La mission de ce Gouvernement central provisoire est de conclure avec la France un modus vivendi à portée limitée mais immédiatement applicable, ce qui, pour Bao Dai, permettrait de tester la sincérité — et les intentions — de la France.
C’est ainsi que Xuân signe, le 5 juin 1948, en baie d’Along, en présence de Bao Dai, la « Déclaration » suivante qui, rendue enfin publique, commence à lier France et Vietnam :
1. La France reconnaît solennellement l’indépendance du Vietnam, auquel il appartient de réaliser librement son unité. De son côté, le Vietnam proclame son adhésion à l’Union française en qualité d’État associé à la France. L’indépen¬dance du Vietnam n’a d’autres limites que celles que lui impose son appartenance à l’Union française.
2. Le Vietnam s’engage à respecter les droits et les intérêts des nationaux français, à assurer constitutionnellement le respect des principes démocratiques et à faire appel par priorité aux conseillers et techniciens français pour les besoins de son organisation intérieure et de son économie.
3. Dès la constitution d’un gouvernement provisoire, les représentants du Vietnam passeront avec les représentants de la République française les divers arrangements particuliers convenables d’ordre culturel, diplomatique, militaire, écono¬mique, financier et technique.
Le protocole du 7 décembre 1947, maintenant signé par Xuân, reste néanmoins secret.
Mais le gouvernement français ne veut transférer aucun pouvoir réel, aucune souveraineté à Xuân. Il veut Bao Dai, et lui seul, à la tête de l’État satellite vietnamien. Il croit l’ex¬empereur manipulable, destiné à vivre « sous influence ». Il ne laisse pas Xuân réaliser l’unité, c’est-à-dire liquider l’autono¬misme cochinchinois. La ratification de l’accord de la baie d’Along s’avère difficile et résulte finalement d’un vote ambigu (août 1948).
Découragé, Bollaert, ayant terminé son mandat, cède en octobre 1948 la place à Léon Pignon, dont on a vu le rôle dans toute cette affaire depuis 1945. Nommé haut-commissaire par le gouvernement Queuille, Pignon reprend sur d’autres bases la négociation avec Bao Dai, qui déclare n’être toujours qu’une personne privée. Le gouvernement Hô Chi Minh, très affaibli et contraint à la dispersion, adopte alors une attitude d’expecta¬tive, tout en réorganisant ses forces.
Les deux parties parviendront enfin à un accord qui sera signé solennellement à Paris, à l’Élysée, le 8 mars 1949, entre Vincent Auriol, président de la République française et de l’Union française, et Sa Majesté Bao Dai. Dans son essence, il diffère peu de ce qu’on était près d’obtenir avec Hô Chi Minh, après fontainebleau, début septembre 1946. Près de trois ans ont été perdus, et, surtout, la guerre s’est déchaînée et a détruit beaucoup de ce qu’on entendait sauver en 1946. Mais Bao Dai spécifie qu’il ne rentrera pas au Vietnam prendre la tête du « Gouvernement provisoire » tant que la Cochinchine ne lui aura pas été restituée. La France est, cette fois, contrainte de passer aux actes.

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