Affrontements et ouvertures 5

En conclusion, les excès, les pillages, les massacres même, qui ont été commis sous le gouvernement Viet Minh ne doivent pas être mis au passif de ses dirigeants, mais la majeure partie sur le compte de cette tourbe que le mouve-ment a remuée, et aussi à celui de différents partis poussés en avant par les provocateurs nippons échappant les uns comme les autres à l’autorité du Viet Minh. […]
4. Pour reprendre sa position en Indochine, la France a le choix entre deux solutions : la reprendre seule, ou avec l’aide d’un allié.
Si la première solution est retenue, il faut qu’elle y revienne forte et les armes à la main. L’issue de cette reconquête, déclenchée à un moment propice, ne peut faire de doute. En quelques semaines, les velléités de résistance des nationalistes annamites seront balayées, et le peuple aussi apparemment soumis que dans le passé. L’Indochine sera reconquise physiquement, matériellement, mais définitivement perdue moralement. […]

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Si donc il faut que les armes de la France soient fortes sur la terre indochinoise, il faut avant tout qu’elles n’aient pas à servir. Il faut donc que la seconde solution soit retenue, à savoir réintégration de la France avec une aide alliée. […]
Sainteny, après avoir examiné successivement les avantages et les risques des alliés américains et chinois, conclut :
Reste les Annamites. Je n’hésite pas à dire que les Annamites doivent être nos alliés naturels dans notre réinstal-lation en Indochine.
L’entente franco-annamite ferait disparaître aux yeux du monde tous les beaux prétextes humanitaires militant en faveur d’une occupation chinoise ou d’une ingérence améri¬caine.
Malgré des accords de surface réciproques, il paraît nette¬ment que la haine millénaire que nourrit l’Annamite pour le Chinois reste intacte. Quelques excès presque normaux de la part des troupes occupantes attiseront rapidement cette haine. Si les Français savent profiter de cette situation, il n’est pas exclu que les Annamites réclament d’eux-mêmes le retour des armes françaises.
J’ai pu constater, au cours de nombreuses conversations avec les dirigeants du GRA, que ceux-ci n’ont jamais manqué l’occasion d’insister sur l’admiration et l’affection qu’ils nour¬rissent à l’égard des Français de France, de même que sur leur attachement à la culture française.
Si le mot « indépendance » est la condition préliminaire à toute négociation, il n’en est pas moins vrai que les champions de ce mot ont oublié de se demander ce qu’il signifiait, ou tout au moins d’en délimiter la portée. Le mot seul leur importe. N’oublions pas que nous avons affaire à un peuple de lettrés. Si les dirigeants actuels du gouvernement du Vietnam sont renversés et chassés du pouvoir, il serait peut-être excellent de conserver le contact, cette fois d’une façon très étroite, et de préparer avec eux, dans leur exil, le retour au pouvoir, et avec l’appui de la France, de ces hommes intègres et sincères qui, j’en suis convaincu, deviendraient vite nos meilleurs alliés.
Muni des instructions de l’Amiral, qui se résument en un mot : « tenir », et qui reflètent, vis-à-vis du GRA, les directives fraîchement reçues de De Gaulle, Sainteny, via Kunming, revient à Hanoi le 8 octobre. Pignon y a, le 6, de nouveau rencontré Hô Chi Minh.

Un double problème
À Paris et à Chandernagor, on estime que, pour le moment, l’aspect international du problème Indochinois domine tout : il faut d’abord négocier avec les Britanniques pour qu’ils laissent les Français reprendre pied en Cochinchine et leur fournissent les moyens matériels de rétablir leur autorité au sud du 16e parallèle. Mais la méfiance de De Gaulle paraît ici injusti¬fiée. Les Britanniques transportent les forces françaises et mettent de puissants moyens à leur disposition. Ils concentrent, désarment et évacuent les Japonais, et ils ne vont pas traiter avec les Annamites, avec qui la trêve est vite rompue. Leclerc, arrivé à Saigon le 5 octobre, ne s’attarde guère à discuter. Les avatars de cette courte trêve l’ont persuadé qu’aussi longtemps que les Annamites n’auront pas pris conscience de la force française, rien ne sera possible. Dans une lettre à de Gaulle (13 octobre), il écrit : Ce serait une erreur absolue de négocier d’une manière sérieuse avec les représentants du Viet Minh avant d’avoir montré notre force. Et de Gaulle lui répond (27 octobre) :
Mon cher ami, nous n’avons rien à conclure avec les locaux tant que nous n’aurons pas la force. Jusque-là, nous pouvons, avec prudence et suivant l’opportunité, prendre certains contacts, mais c’est tout.
Les premiers éléments du groupement Massu de la 2e division blindée arrivent le 23 octobre. Avec eux, Leclerc va pouvoir foncer. Le 26, dans une lettre à de Gaulle, d’Argenlieu, toujours à Chandernagor, écrit :
Leclerc est déjà tout acquis au rêve d’une « reconquête ». C’est plus fort que lui. J’estime que ce rêve est à écarter. Nous ne sommes pas venus ici pour planer de nouveaux lauriers à la faveur de durs combats contre l’ennemi. Nous avons à rétablir l’ordre avec fermeté au sein de populations amies, partielle¬ment détournées de nous par la double complicité des Japonais et des nationalistes annamites extrémistes. […]

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