Affrontements et ouvertures 3

On ne relève dans ce document daté du 8 septembre, aucune allusion à la constitution d’un « gouvernement provisoire » vietnamien à Hanoi (27 août) ou à la proclamation d’une « République démocratique du Vietnam » indépendante, le 2 septembre, c’est-à-dire aux deux faits majeurs qui vont désormais dominer le problème vietnamien. Le Viet Minh n’est pour l’amiral qu’un des partis annamites, et la fraction la plus turbulente de la population.
Après avoir conféré à Kandy avec les autorités britanniques, l’amiral va, dès le 12 septembre, s’installer à Chandernagor (près de Calcutta), en attendant de pouvoir gagner, dès que possible, comme l’y invite le général de Gaulle, Saigon.
Le lendemain 13 septembre, à Paris, le directeur des Affaires politiques du ministère des Colonies, Henri Laurentie, dans une conférence de presse, conseille d’interpréter de façon plutôt libérale la position du général de Gaulle sur l’Indochine. Ce que les Indochinois désirent, c’est que la France considère enfin que l’Indochine n’est plus une colonie. Il précise que le Gouvernement a clairement manifesté qu’il entendait bien que les rapports entre la France et l’Indochine ne soient plus de Métropole à colonie, mais tendent à l’égalité. La politique française vise à la promotion des trois nations qui composent l’Union indochinoise. […]

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Le 14, Laurentie confirme aux directeurs de journaux : Ce qui est essentiel, c’est que nous comprenions parfaitement ce qu’il y a d’aspiration nationale légitime dans la thèse du parti Viet Minh.
Quoi qu’il en soit, de Gaulle n’accepte pas cette interprétation « libérale ». Laurentie racontera que, le lendemain, son minis¬tre Giacobbi lui avait dit que si de Gaulle ne vous avait pas révoqué, c’était uniquement par bienveillance et amitié mais que le général était furieux. De fait, dès le 16 septembre, dans une lettre à d’Argenlieu, de Gaulle écrit:
[…] La première chose à obtenir est l’arrivée à Hanoi d’Alessandri et de son détachement. J’ai l’impression que les Chinois veulent nous vendre même cela contre des avantages pour leurs colons et des droits sur nos chemins de fer.
Je n’ai aucune confiance dans les Anglais : ils prennent et gardent une attitude hypocrite. […] Ils sont enchantés de se présenter en Indochine comme les forts et les dirigeants avec des Français dans leurs bagages. Ne vous laissez donc à aucun moment illusionner par Mountbatten… Cependant, nous amènerons nos troupes et il y aura sûrement un moment où vous serez le plus fort.
En attendant, il faut être sur place, dès que possible, c’est-à- dire tout de suite pour Leclerc et fin octobre pour vous.
Ne prenez et ne laissez prendre à l’égard des gens du Viet Minh aucun engagement quelconque. Vous pourrez accepter certains contacts, à condition qu’ils soient directs et ne comportent aucun intermédiaire, ni anglais, ni chinois, ni américain. Quand du côté allié, on vous proposera des « bons offices », refusez catégoriquement. Nous ne traitons pas avec nos sujets par le truchement de l’étranger. Sans quoi, nous verrions se renouveler en Indochine l’ignoble jeu des Anglais en Syrie.
L’intérêt français consiste à ne rien régler quant aux gouvernements locaux en Indochine tant que nous n’aurons pas à le faire. Mieux vaut cent fois laisser jusque-là la situation entière, même si elle nous est défavorable, plutôt que d’accepter, du faible (provisoire) au fort, des arrangements où l’étranger serait partie et qui seraient, par là même, catastro¬phiques.
Je fais tout, personnellement, pour hâter l’envoi des moyens, personnel et matériel. Mais cela durera longtemps. […]

Le gouvernement d’Hanoi et ses ouvertures
À Hanoi, cependant, le « Gouvernement révolutionnaire annamite », ou GRA, comme l’appelle Sainteny, multiplie les ouvertures. Le 5 septembre déjà, Sainteny dans un télégramme à Pignon, à Kunming, déplore l’attitude agressive que prend la France vis-à-vis d’Hanoi alors que tous les espoirs d’entente ne sont pas épuisés et que le Viet Minh souhaite collaboration.
Le 10 (jour de l’entrée des Chinois à Hanoi), dans un télégramme à Calcutta, Sainteny précise :
Les Viet Minh seraient prêts à envoyer un délégué à Calcutta, mais insistent surtout pour Paris. Nous avons là, me semble-t-il, une excellente occasion de gagner du temps. Je ferai en sorte ici que les Viet Minh ne puissent en tirer avantage et n’y voient pas une reconnaissance de fait.
Dès le 11, jour où il doit céder aux Chinois le Gouvernement général, Sainteny annonce :
Mon impression est que la faillite du GRA est certaine. Déjà la lassitude s’empare de la population, qui mesure l’inexpérience et l’incapacité de ses membres. Certains milieux restés pro-français réagissent. Avec le départ des Japs, l’occu¬pation chinoise, la misère consécutive à l’incurie du GRA, le mouvement antifrançais se calmera de lui-même. Nous devons attendre […], mais ne recourir qu’à des « manœuvres politi¬ques ».
Enfin, après avoir (le 18) souligné que la situation est très tendue devant le retour des Français à Saigon, Sainteny écrit, dans un télégramme du 19 à Calcutta :
Le GRA ne cache plus son désir d’entente. Il insiste particulièrement pour qu’une conférence avec l’Amiral ait lieu avec prolongement et aboutissement à Paris. Pignon, qui a pris contact avec eux, est d’accord avec moi pour que cet engagement soit pris. J’insiste pour que nous maintenions le GRA en selle en négociant, ce qui enlèvera ses chances de succès au mouvement annamite pro-chinois qui cherche à exploiter l’arrivée des Chinois et les difficultés croissantes du Viet Minh. C’est la France qui doit être bénéficiaire de cette situation. […]
Calcutta ne répond pas.

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