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Cholon et Saigon, flâneries de quartier

HoChi-Minh-Ville est divisée en districts dont les plus connus sont Saigon et Cholon.

Un demi-million de Vietnamiens d’origine chinoise habitent le quartier de Cholon où le commerce est roi. Le voyageur le plus ignorant des choses du négoce ne peut manquer de saisir à Cholon la souplesse et l’ingéniosité du commerce chinois. On parle surtout de commerce de gros où s’échangent les riz du Mékong ou encore le matériel électronique débarqué de Chine.

Lorsque nous déambulons dans les rues du marché Binh Tay, nous pensons à ces boîtes russes enfermées les unes dans les autres. On ouvre et on en trouve toujours une plus petite, ainsi le commerce chinois se révèle aussi bien par ses applications infinitésimales que par de grosses affaires. Le marchand des rues ne mendie pas, il propose le contenu de sa palanche, du panier et de la caissette au tonneau, on arrive aux bureaux et à la société anonyme !

Notre guide aujourd’hui est Van, médecin acupuncteur et guide selon les jours. Elle travaille tous les jours de la semaine ! Elle nous ouvre quelques clés de ce Cholon, autrefois lieu des plaisirs nocturnes, des tripots tumultueux où des jeunes chanteuses fardées, aux pieds bandés, préparaient l’opium pour les riches chinois, fervents joueurs de dominos.

Dans les boutiques d’objets rituels religieux se vendent des papiers d’or et d’argent, espèces sonnantes de pacotille, qui sont brûlés pour le culte des morts.

Cette symbolique des papiers votifs est une représentation des choses de la vie, on offre des souliers et robes de papier ornés de dorures imitant la broderie pour que le disparu ne manque de rien dans l’au-delà. Le temple Thien Hau, dédié à la déesse de la mer, protectrice des marins, fut construit en 1835 par les Cantonais. Devant l’autel, des femmes allument chacune un paquet de papiers rituels aux cierges minuscules de l’autel, s’agenouillent jusqu’à toucher les dalles de leur front, traversent l’espace en portant leur torche flambante

comme une fleur de feu et la jette dans une grande cuve de fer. Au moment de la fête du Têt, les célébrations sont nombreuses. La veille du Nouvel An lunaire, on incinère ainsi, en famille, les objets en papier offerts aux ancêtres pour honorer leur mémoire.

Chaleur intense de brasier dans la torpeur moite de Cholon, ce temple a été aussi le lieu où les boat people des années 1980 ont demandé protection à la divinité avant leur départ désespéré. Van nous accompagne dans un cabinet de médecine traditionnelle où nous observons des préparations inattendues : des ailerons de requin comme aliment reconstituant, l’hippocampe contre l’asthme, des viscères de poisson très nutritifs, des vessies, des algues de mer rares, toute une pharmacopée dont les noms chinois gardent pour nous leur mystère.

Plus loin, des jeunes femmes préparent avec dextérité une reconstitution de nid de cet oiseau proche du martinet ou hirondelle de mer, la réputée salangane.

Une femme enlève les poussières du nid et recrée en bol le nid d’algues construit avec la salive de l’oiseau. C’est paraît-il un mets délicat et fort onéreux, les dénicheurs prenant des risques pour le trouver car le nid est caché dans des grottes et hautes falaises de bord de mer.

Sous un ciel du soir, étouffé, lourd en couleur, chargé d’épais nuages laineux, nous flânons sur les trottoirs du district de Saigon. Des serpents verts, des iguanes vivants, entassés dans des vivariums, sont à vendre pour les macérations ou le plaisir de leur compagnie.

Devant une boutique de cages multicolores habitées de colibris, perruches, perroquets, un marchand grille des vers frais, nourriture pour ces oiseaux que les Vietnamiens adorent chez eux ou comme offrande au temple.

Notre guide nous avoue que ceux relâchés au temple savent revenir chez le vendeur, attirés

par l’odeur de vers grillés… c’est un commerce lucratif !

Des chi hua hua sont proposés comme chien de compagnie, minuscules, ils ne seront pas ruineux à nourrir, ni encombrants dans les étroites maisons. Chanceux, car d’autres chiens connaissent un sort bien moins agréable, une race plus grande est vendue rôtie. Destiné aux hommes uniquement à certaines dates lunaires, le chien rôti est censé assurer la virilité. Ce plat d’origine chinoise est répandu dans tout le Vietnam, les restaurants nommés thit chô sont spécialisés en chien et présentent en étalage extérieur des morceaux choisis, dont la tête semble recherchée.

Trois marchandes, deux enfants sont installés au trottoir, sur une natte, pour vendre trois morceaux de poisson sec. Le brasier rougeoie dans un vieux wok, elles rient, c’est la nuit. Les souffles d’air, tièdes, espacés, comme de lents coups d’éventail propagent ces parfums lourds de fleurs, animaux et victuailles juxtaposés.

HO-CHI-MINH VILLE, LE TOURBILLON DES DEUX-ROUES

Vu du ciel, le pays du dragon semble bien tranquille, avec ce fleuve Mékong qui pénètre en labyrinthe dans ces rizières posées en radeau. 5 h 35 du matin, après une nuit de 10 000 km en avion vers l’est, notre arrivée est annoncée par une très élégante hôtesse portant la tenue traditionnelle en soie vive, Vao dai.

HCMV, une nouvelle marque dernier cri dans notre quête de modernisme ? Rebaptisée en 1976 par le gouvernement communiste, Ho-Chi-Minh-Ville survit discrètement dans le cœur de ses 8 millions d’habitants comme l’exubérante Saigon, capitale en 1862 de la colonie de Gochinchine, capitale en 1954 de la République du Sud-Vietnam, la plus grande ville et premier port fluvial du pays.

À la descente de l’avion, la moiteur envelop-Pante de la légendaire perle de l’Extrême-Orient nous étreint dès les premiers pas.

Appareils photos et carnets de route sont vite sortis, déjà nous sommes happés par le tourbillon asiatique.

Une profusion de vélos, de motocyclettes, de cyclo-pousse xich lo — sorte de taxi à pédale — et de voitures, souvent japonaises, transforme la traversée des rues effervescentes en véritable aventure. Notre guide, Thanh Jo, nous apprend à sillonner entre ces millions de motos bruyantes où se cramponnent, souriants, jusqu’à cinq personnes. Les conducteurs décontractés, en nous effleurant de leur main au passage, nous encouragent à explorer leur ville sans inquiétude exagérée.

Tourbillon fascinant de mobylettes pétaradantes qui transportent aussi bien des porcs ou des poulets vivants qu’un arbuste, une épicerie variée de récipients chinois très colorés, des bouteilles de gaz adroitement empilées, des grappes de marchandises inattendues, Quelle ingéniosité !

Bouillonnante, agitée, affairée, la foule instal-lée sur les trottoirs fait la dînette avec tables et chaises en plastique vivement coloré.

Foule également présente devant les boutiques chics ou dans les quartiers « high-tech » car Ho-Chi-Minh-Ville cultive les facettes moder-nisme, luxe et marchés populaires sans rete-nue. La ville attire des populations espérant s’enrichir grâce à la croissance économique ex-plosive. Cette foule jeune — environ 80 % ayant moins de 40 ans — n’a pas vécu les trente-cinq années de guerre incessante avant 1975 et apprécie les récentes mesures de libéralisation économique, les Doi Moi (réformes économiques). Elle tente d’ignorer la propagande communiste (inffluence ressentie surtout dans les musées, sur les bâtiments officiels ou les affiches).

Le Vietnam moderne est dans une course effrénée vers le futur, les motos, les téléphones mobiles, les minijupes, internet : la soif de consommer de la jeune génération côtoie le culte des ancêtres, les convictions politiques, les prières en pagodes. Pourtant, au moins un tiers des habitants vivent à HCMV sans le ho khau — sorte de certificat de résidence — et sans les papiers nécessaires ils ne pourront acheter une maison ou posséder une affaire.

Notre guide nous fait remarquer les conducteurs âgés de cyclo-pousse dans leurs vêtements usés, leurs sandales tachées de goudron, excellents connaisseurs de la ville et instruits. C’étaient principalement des médecins, des enseignants ou des journalistes qui, pour avoir choisi le camp ennemi pendant le conflit, ont été envoyés en camp de rééducation et ne peuvent retrouver leur métier. Aux abords du marché Bên Thành ou près de la cathédrale Notre-Dame, ils sont nombreux à trouver une brèche dans la circulation chaotique. Ils nous conduisent vers les édifices élégants du centre (le district de Saigon) le théâtre, l’hôtel de ville, la poste centrale ou le Palais de la Réunification.

Étourdis par cette vitalité ambiante, assoiffés par les 37° (on touche la chaleur comme on touche l’eau d’un bain), affamés par le décalage horaire (6 heures en novembre, 5 heures en avril, deux périodes intéressantes pour sillonner le Vietnam), nous cherchons de quoi nous restaurer. Dans ce paradis culinaire, le choix est difficile ! Un com pho binh dan— restaurant populaire de riz-soupe — nous accueille. En quelques minutes, à peine installés, la commande est prise, le riz sauté com chien déjà dans le bol, le hu tieu servi brûlant. Après avoir essuyé avec un sopa- lin local les baguettes de bambou à disposition de tous sur la table, nous préparons, initiés par notre guide, le mélange citron-poivre-sel- piments rouges indispensable ! Quel plaisir ! En guise de dessert, la nature compose ici des sorbets compliqués et savants. Chaque fruit des saveurs précieuses comme enfermées les unes dans les autres. La mangue, bien mûre, a un goût de gelée raffinée, abricot-pêche. L’ananas est découpé en spirales délicates.

Plus loin, le marchand de baguettes françaises s’est installé : le pain est nn aliment apprécié au Vietnam. Tout comme les infrastructures importantes (construction de ports, de ligne ferroviaire, équipements sanitaires, irrigation, travaux d’urbanisation) qui ont été développées pendant la période française de Cochinchine.

ENTRE TROPIQUE DU CANCER ET ÉQUATEUR…

Se déroule un serpent… ou un dragon ? Du mot Vietnam surgissent rubans de rizières, chapeaux coniques, cités impériales, marionnettes sur l’eau, magie d’Extrême-Orient mais aussi les images terribles des tragédies guerrières récentes. Aujourd’hui la guerre est Unie, l’Indochine est lointaine et une frénésie capitaliste récente agite te pays. Sage, le Vietnam a d’autres soucis que celui des revanches militaires et, dans l’actuelle com-plication du monde, il offre aux voyageurs un dépassement merveilleux, une hospitalité souriante et peu de risques lies à l’insécurité.

Long et étroit, il s’étend sur 1 600 km de côtes, en trois régions distinctes : le delta du fleuve Rouge au nord, la cordillère Annamitique au centre et le delta du Mékong au sud,(avec une population de 85 millions d’habitants environ, composée d’une mosaïque de 54 ethnies.

La façade maritime et les deltas sont densément peuplés, tandis que les montagnes et forêts luxuriantes, moins habitées, restent un refuge pour une faune exceptionnelle, présente en dépit des ravages de la guerre et de la déforestation galopante.

La nature aussi bien capricieuse que généreuse a inscrit le Vietnam dans une région de climat tropical exposée aux moussons et aux typhons. Les terres alluvionnaires offrent jusqu’à 3 récoltes de riz annuel, le réseau hydrographique dense permet cultures variées et pisciculture. Ce sont dans les deltas et sur les Hautes Terres que selon la légende vietnamienne, le seigneur des dragons, Lac long Quan, épousa la princesse de la montagne au Co dans la Baie d’Ha Long. De nature différente, ils se séparèrent, la princesse rejoignant les montagnes avec cinquante de leurs enfants, le dragon des eaux, peuplant avec les cinquante autres, le monde des rivières et des côtes.

La longue histoire du Vietnam, lieu de rencontre des cultures indienne, chinoise, européenne, américaine, permet de mieux saisir la finesse de l’âme vietnamienne. Chaque étape témoigne de l’ingéniosité et de la patience de ce peuple, farouchement attaché à son indépendance et à sa souveraineté.

La découverte des vestiges datant des rois Hung atteste l’existence de la nation Van Lang au début de l’âge de bronze. Pendant les siècles suivants, les Vietnamiens luttent contre la domination chinoise) Le pays s’agrandit et augmente son influence au détriment du Ghampa, son voisin au sud, un Etat jadis très puissant. Nguyen Anh se proclame empereur en 1802 et baptise le pays Viêt Nam.

1887, l’Union Cochinchinoise est en vigueur, les colons français modernisent le pays.

1930, Nguyen Ai Quoc, c’est-à-dire Ho Chi Minh, fonde le Parti Communiste Vietnamien transformé ensuite en Parti Communiste Indochinois et organise dès 1945 la résistance anticolonialiste. La victoire historique de Dien Bien Phu en 1954 libère la moitié du pays. Au Nord, la République Démocratique du Vietnam .s’engage à la reconstruction du pays pendant que les’ patriotes du sud, pendant 20 ans, continuent de lutter contre l’agression americanine.

En 1975, le Vietnam est réunifié et la République Socialiste du Vietnam proclamée. Des années d’isolement et d’appauvrissement se prolongèrent jusqu’en 1986, quand le Vietnam ses portes avec le Doi-Moi, la rénovation economique.

Le Vietnam d’aujourd’hui ne ressemble plus aux clichés d’un pays dévasté par la guerre. C’est un immense chantier en construction.

« Rien n’est plus précieux (pie l’indépendance et la liberté » disait Ho Chi Minh.

Les bouleversements de société ne modifient pas la sensibilité des habitants. Le culte des ancêtres illustre bien ce qui structure la mentalité asiatique : respect de la famille, du passé, maîtrise de soi, sens du travail, partage. Pluriethnique, le Vietnam a aussi hérité de trois grandes philosophies religieuses — confucianisme, taoïsme et bouddhisme — qui se pratiquent souvent mélangées aux croyances populaires. Le christianisme est aussi présent depuis 1615.

La fête du Têt est la date la plus importante du calendrier vietnamien. Les familles se rassemblent et accueillent les esprits de leurs ancêtres. Cette période de fête est source de difficultés de transport, de logement, de coût de nourriture : tout le pays se déplace Pj

Pour comprendre le Vietnam contemporain, il s’agit de se fondre dans cette mobilité, accepter de goûter la saveur du temps si différent.

La terre des chemins est souvent rose, bordée de bananiers, de manguiers, de palmiers. Des enfants se balancent dans les hamacs. Une jeune femme, guidant les gestes de sa fillette, lui apprend à ciseler un ananas. Tous les mouvements sont d’une absolue nonchalance, pas un relâchement mais une grâce précise, une angulaire perfection.

Plus loin, une porteuse de palanche s’avance avec la souplesse d’une équilibriste. L’âme vietnamienne se révèle joueuse et grave, tendre et solide, efficace et charmante.

Xin chào, bienvenue au Vietnam !

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